textes


parce qu'il y a ce que j'écris... ce que j'aurais pu écrire... ce que j'aurais voulu écrire... et ce que j'aime lire

Mon cœur (ne te méprends pas c’est bien à mon palpitant que je m’adresse en premier lieu), mon cœur disais-je donc, que fais tu donc à choisir des hommes qui ne veulent pas te parler, qui préfèrent d’autres gouffres obscurs où brûle une chandelle vite éteinte aux terres inexplorées et claires de ton affection et de ta sensibilité. Qui leur reprocherait ?
Et toi ? Trois fois que je commence à t’écrire sans aller au bout parce que je me balade au faîte de ton mur et me fait balader par… par quoi ? Tes valses hésitations ? Tes  petites cruautés ordinaires, délétères, involontaires ? Mes propres curiosités masochistes ?... Les murs ont des oreilles et des bouches qui crachotent…  
A quoi bon ? Dans cette histoire je n’ai pas de place, peut être même pas d’histoire. L’histoire est juste dans ma tête, dans un dessin ou deux, ou d’autres que je dessine aujourd’hui. Ne pas être avec moi ? Je sais… rien de nouveau. Il y eut un château autrefois où j’ai partagé un lit, un repas, un rêve. Mais j’ai mangé seule, dormi seule, visité le jardin en solitaire, d’abord, goûté quelques raisins pas mûrs, conduit ma voiture avec un autostoppeur taciturne assis sur le siège passager, pointé du doigt les libellules, et cinq jours durant, tenu l’humiliation à distance. C’était un château de belle au bois dormant. Qui dort encore aujourd’hui sous son manteau de ronces. Les épines.
Mais on ne peut rien forcer. Ni les sentiments, ni les mots, ni même les rêves. Ni même ceux là, les forcer à s’éteindre. Juste tenter de relier les points par des fils pour voir apparaître un dessein, une écriture. Mais les fils sont fragiles et parfois ils se cassent et le dessin s’efface. Tout devient flou et l’on s’accroche aux efforts manifestes. Parce qu’il y a des efforts manifestes. Qui laissent entrevoir que la cruauté n’est pas de mise ou qu’elle n’est pas d’un seul côté. On s’accroche aux efforts, comme on s’accroche aux rêves.
Ma maison est encore un château. Un petit château qui me suffit mieux.  Je plante et j’entretiens le jardin en attendant les promesses du printemps. Je ne ferme jamais mes volets, et toutes mes portes sont ouvertes. J’écris et je dessine en espérant… quand je ne dors pas.  (février 2015)

j'ai marché tout le jour, en galoches et pieds nus, dans la forêt, dans l'herbe et les chemins, appareil photo dans la main... j'aurais voulu prendre le bruit de mes pas en photo, comment faire ?... bruit si particulier, fait de silence et de solitude... et la douceur de la boue, de la mousse, de l'eau sur la peau rugueuse du dessous des pieds, et les yeux, et le nez grands ouverts, agrandis... et pas l'envie de rentrer... et l'en vie...
juillet 2014

et pourtant... je lui parle encore et il ne répond pas...

oui... mais non... ce qui s'embocalise ici est une compote d'espoirs et de désespomm's et le parfum qui s'en exhale vient exalter ma trajectoire... la joie aussi est une émotion et l'écriture est joie... fev2014

Plongez moi dans la tristesse Monsieur, Faites bien bouillir et ruisseler mes larmes, essorez fermement et pendez moi au soleil et au vent salé jusqu'à bien sèche, pliée, rangée... 
et sortez la suivante...

Tangeante...
T'engeante
tant j'hante...

Dis moi, dis moi, dis moi...
Ne me dis rien.
Dis moi,
Ne me dis...
Rien !
Laisse moi juste
Regarder
Toucher
Sentir,
Respirer
Goûter
Laisser
Laisser
Laisser
Partir

Et si je revenais parmi les vivants ? (janvier 2014)

ça rend bête et méchant d'être amoureux ou quoi ? Dieu m'en préserve alors... bah nooooooooonnnnnn... je crois pas en Dieu... hé hé

Un gros câlin ! serrée fort, fort... ou je hurle !

Seule...

C'était encore en 2013...

Et puis aussi
juste en face,
tout près,
à côté,
ou loin,
très loin,
il y a celui qui...
celui qui s'est tu,
celui qui m'a ému,
celui qui m'a touché,
touché le fond,
celui qui n'a pas su...
celui qui m'a mordu,
au plus profond, 
avec des mots,
celui qui m'a lâchée
la main...
celui qui a tout dit,
et celui qui... 
du bleu plein les yeux,
puis rien,
celui qui manque
celui qui viendra
ou pas
ces ceux-là
qui...
c'est cela qui...
(profond soupir)
(3 janvier 2014)


celle qui écrit
celle qui passe
celle qui voudrait
celle qui pleure
celle qui roucoule de beaux jours
celle qui attend et s'inquiète
celle qu'il n'a pas voulu 
chez lui
celle qui rage
celle qui croit
celle qui fuck off 2013
celle qui dessine
huit fois celle qui...
(31 décembre2013)


"Love me or leave me" chante Nina Simone... et parfois aussi on aime et on quitte... pour survivre...

Un soir, on a le blues. on s'appuie sur un parmi ses 1857 amis... et... et...
et ? ....
ben rien....
10/12/13

Désarmer... délarmer... délaver... des années...

Penser à toi me rend triste. Penser à personne me rend plus triste encore. Alors, ben je pense à toi.

Je rentre, j'allume la plaque sous la casserole, je pars me doucher pendant que mon pâtisson cuit... je casserai peut être un œuf dessus. Et j'en ferai cuire un autre pour ma salade du lendemain. Et je me connecte à Facebook pour regarder ce que disent les autres de la vie qu'il mènent... (...) hum pas si sage... se serrer dans des bras, toucher la peau d'un autre, risquer la sienne, panser les blessures du quotidien et retourner brasser l'eau de la casserole pour pas que ça attache... que ça attache... au fond...
oct 2013

La Barbe bleue, mon canard, qu'est-ce qu'il y a dans ton placard ? If you want a lover... Nom de Dieu, déjà septembre, ode à la nuit faut que ça bouge ! j'aime les gens qui passent, moitié dans leurs godasses et moitié à côté : on peut être chaud comme un lapin quand on est jeune et quand on n'a rien... I wanna be with you again. Rispondi mié, dis moi c'est quand qu'on va pouvoir trier les cailloux ? ... Amour, tout ça nous rend moins ignorants ! Aux baisers qu'on n'osa pas prendre... Pourquoi pas l'autre et pourquoi pas çui là... je ne vais plus pleurer, je ne vais plus parler, quand le soleil éclaire la jupe d'une femme, si ce n'est pas l'amour, ce sont les alentours... Restons amants des corps à corps, poser ma bouche sur tes lèvres, mon secret, ma parenthèse, mon interdit, ma folie douce... dis moi que tu m'aimes encore si tu l'oses, je poserai ma tête sur ton épaule, avant puis arrière Oh voilà le chemin, j'ai su qu'un petit derrière ça pouvait être une dune... je t'inventerai des mots enchantés que tu comprendras. Allez, laisse moi m'envoler : je cours dans l'autre sens que la terre et vivement demain et tant pis pour vos fesses qui ont fait ce qu'elles ont pu ! (Un "cadavre exquis" de petits bouts de phrases chipées dans mes chansons d'amour préférées... un dimanche après midi de septembre)

"la nuit, je mens"... écrit un facebookien... "l'amant, je nuis" ? avais je envie de répondre....
sept 2013

Une envie criante de hurler ! et le silence qui se fait tout en dedans... je voudrais savoir me révolter contre ces hommes découragés décourageants qui ne savent ni comment ni combien il faut m'aimer !! au lieu de cela... j'enrage de les comprendre... et j'avoue, je souffre, sans pouvoir ni savoir lutter,  d'une dés-affection. Encore...

Il y aura des coquilles, des carapaces, des fruits fendus et défendus, encore... des intérieurs entrebâillés, des fissures et des plis, des douceurs et des douleurs cachées, des rugosités, de l'écorce et de la peau, du dedans et du dehors, des rondeurs et des fils, des brins, des cendres, des plumes, et juste pas de fleurs, et juste pas des papillons... un ours encore peut être... en raku... et l'écriture qui se ranime comme une petit braise vivante sous la cendre...  mai 2013

Il n'est pas là le printemps. Il se noie. Et le papillon non plus n'est pas là. Il ne sortira pas : il se carapace, se recoquille, se replie à l'intérieur de ses replis... jusqu'à disparaître à soi-même. mai 2013

Il y a beaucoup de choses dont je ne sais pas parler... et je suis bavarde de ces silences-là. mai 2013

mais voilà qu'il manque.....................................................................

Mais je n'écris plus... mais je suis dans le silence...
Parler fait perdre parfois...
Ai-je tant à perdre ? mars 2013

Pourquoi mentent les hommes ? Pourquoi pleurent les femmes ? Il faudrait bien que je me mette à mentir et faire pleurer un homme. Pour voir de l'autre côté.
Pourquoi te faut il toujours choisir des hommes qui finissent toujours par te dire qu'ils ne t'ont jamais aimée, quand bien même ils t'ont serré dans leurs bras, le cœur palpitant et le corps tremblant ! Qui finissent toujours par ne plus rien te dire du tout...
L'oubli est aussi un mensonge... novembre 2012

"C'est ce qu'elle voulait à une époque,mais il est très rare que deux personnes veuillent la même chose à un moment précis de l'existence. Quelquefois, c'est l'aspect le plus dur de la condition humaine"  Claire Keegan  A travers les champs bleus


Le fond d'une oubliette,
Le silence tout autour,
Et tout doucement,
Redevenir étrangers.

Sous le signe de l'eau...  le plafond de ma cuisine qui fuit, le mur qui cloque et qui part en morceaux, les tableaux qui tombent de l'autre côté du mur... les questions que tu me poses et qui me transpercent, faisant s'effondrer mes murs et couler mes ruisseaux... et je m'enferme chez moi pour mieux contenir les eaux, et je vide et je range mes placards et ma vie en écoutant  Noir désir hurler qu'un ange passe... un ange passe... un ange passe.... Octobre 2012

Méfies toi que la toile ne se mette à régner sur le fil de ta vie...

Une baignoire, c'est le contraire d'un bateau. Il faut la remplir d'eau pour flotter.
A dire à voix haute dans son bain, les oreilles dans l'eau...
Ce n'est pas toujours quand on est seul qu'on se sent le plus seul. Pas toujours...
Il y a des mots pour taire, comme il y a des mots pour dire.
Il y a aussi des mots qui bercent et qui consolent.
Octobre 2012

Je suis dans un long temps, longtemps, sans livres et sans écrits. Un temps sans mots. 
Me suffisaient la peau et les mains de mon amant. 
Me suffisaient les voix des musiciens. 
Me suffisaient le fil de mes plumes et le bruit des cailloux.
Et pendant ce temps ma mère s'en est allée. 
Et pendant ce temps mon corps a vibré et saigné... vibre et saigne encore.
Et maintenant mon amant s'en va aussi.
Mais tout ce qui reste c'est encore la vie...
et ce qui reste est plus vivant qu'avant... 
Septembre 2012


Ils me promettent montagnes et hauteurs, ils me promettent plages et rivières, ils me promettent l'amour... et moi je n'ai que plumes, galets et toiles pour les dessiner.. 30 juillet 2012

... une chanson très très triste... et le silence tout autour... juin 2012






De terre, de pierre, de bois... de papier... creuse la paume, tremble le cœur, repose la tête... et le silence, et la nuit qui nous enveloppe, et l'aube qui pointe au haut de la fenêtre, et la musique qui tourne en silence dans nos rêves... et les mots qui se taisent et qui pressent... qui se taisent... Mmmm...  tomber en amour... vertige... et ce petit frémissement au creux du ventre, qui appelle, qui appelle... et qui chante...  juin 2012


Un homme d'âge mûr assis dans un carré. Un homme d'âge vert qui entre avec sa valise et sa canette à la main, s'installe et dans un mouvement du train, renverse son soda sur le dos de l'homme d'âge mûr... S'excuse. C'est le grand homme noir à côté qui sort un mouchoir de sa poche.
Une très jeune femme. Pleine de rondeurs. Décolleté pigeonnant. Tous les hommes regardent. Même cet homme penché depuis dix stations vers le genou de son ami. Et moi je regarde les hommes qui regardent. L'homme aux cheveux gras qui change de place pour mieux voir. Luxembourg. La jeune femme se lève pour descendre. L'homme aux cheveux gras lève son Iphone et la prend en photo. Elle ne voit pas. Pourquoi je ne dis rien ?
Jeune femme brune assise devant moi. Grande mèche qui lui barre le front. Oreillette : tu viens me rejoindre à Laplace ? Oui ! Tout de suite ! tu te dépêches... Raccroche. Décroche. Tu viens d'avoir un accident ? là ? C'est toi qui ...? (...) Je regarde par la vitre. panneau Laplace. Elle a envoyé les faire-part ? Oui tu lui diras que je les prends... ok bisous, bisous. Je ramène mon regard. Femme encore, mais blonde aux cheveux courts qui raccroche en face de moi. Trois personnes dans le carré d'à côté, le portable doudou au creux de la paume. Ne me quitte pas chante Nina Simon dans mes baffles... Mars 2012


Point de suspension... Battement de cœur. Respiration. Qu'est-ce qui est ici suspendu ? Le temps, ou la peur, ou les sentiments... ou le bruit des machines ? Point de suspension. Attente. Espoir. Retenue entre les mots et tout ce qui ne se dit qu'à demi, demi mots, demi mesure, demi silence plus lourd que la parole. Moi aussi je mets des points de suspension partout, c'est un homme plein de retenue qui me l'a dit... et depuis je me relis, relie, et depuis je passe mes textes au tamis, et depuis je les récolte, ces petits points. Mais pas tous. Mais je les sème ailleurs, après, pendant, au vent et sur mes papiers, mes toiles et mes galets. Moi aussi... et quand je les retrouve entre les mots des autres, ils m'attendrissent et m'émeuvent et me racontent, et me suspendent...   Mars 2012

Il y a des ridicules qui me réjouissent... ;-)  mars 2012


"Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'oeil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui à jamais restera opaque."  Delphine de Vigan "No et moi"

Parfois la beauté extérieure ne reflète aucune beauté intérieure.
Parfois la laideur extérieure reflète la laideur intérieure.
et cætera, et cætera,
C'est comme ça que ça marche. 
Ce n'est pas comme ça que ça marche.  
Et cætera, et cætera.

Lâcher prise.
Mes tableaux, mes cailloux sont dehors, sont ailleurs. Ils vivent leur vie sans moi. Avec mes mots dedans (... mais oui, j'ai entendu ! et je souris des... maux !). Ils ne m'appartiennent plus, ils appartiennent à d'autres regards, d'autres intérieurs. Je veux maintenant qu'ils s'envolent ! Qu'ils consolent et qu'ils soulèvent comme ils m'ont consolée et soulevée !  Ici, il y a du vide sur mes murs et mes tables. Et quand il y a du vide, il y a de la place... pour d'autres... d'autres lieux, d'autres musiques, d'autres histoires....
Et moi ? Je joue avec le lâcher prise... Lâche et prise... Lâche, éprise... Lâche ! Éprise... On ne tombe pas forcément quand on lâche prise... on se libère, on marche seul, on sait qu'on a fait ce qu'il fallait... On sait qu'on pourra encore. On joue... C'est de la joie et de la force ! C'est de l'équilibre !
Et moi ? Je marche sur la pointe de mes orteils, la tête haute et le cœur bien vivant !
Orsay Février 2012, 

Matin de neige à Montréal
Certains poèmes n’ont pas de titre
Ce titre n’a pas de poème
Tout est là dehors. 
(Kenneth White)

Cet autre là qui parle du vertige de la perte, qui dit que ce que tout le monde recherche par dessus tout, c'est à perdre, que sinon, les casinos seraient vides... et moi je le crois...et moi, je rajoute : et les rêves aussi...  Orsay Février 2012

Cinq jours sur sept, sept heures trente du matin, dix-huit heures le soir, je passe devant le Chalet du parc à Montsouris et je me dis qu'il faudrait que je reprenne le fil de mon roman. Je suis dans une autre écriture en ce moment, faite de traces sur des galets, sur des toiles, des papiers, des terres cuites... Des kilomètres de fils d'encre noire qui m'ancrent et me retiennent dans le filet de mes rêveries. L'expo se prépare, l'expo me sépare en deux mondes qui se tirent la langue et me tiraillent en tous sens. Pour qui j'écris ? Pour qui je trace ? Pour qui ne me lit pas ? Orsay Janvier 2012

Il dit qu'on écrit pour se faire remarquer. Que l'écrivain qui dit le contraire est un menteur. Et moi, je le crois... Orsay janvier 2012

"-  J'ai mis tellement de choses dans ces toiles. Je ne sais pas s'il me reste quoi que ce soit."  Colm Toïbin Désormais notre exil.

Tu dors
Tu dors et moi je veille.
Ta joue repose sur ta main, par dessus le drap bleu. Tes yeux sont fermés sur leurs traits tirés. Rideau des paupières. Petits mouvements des doigts. Tu trembles en dormant, tu bouges, tu sursautes et tu gémis un peu, aussi, parfois. Tes nuits sont peuplées. Autant que ces dernières journées.
Toi tu dors et moi je veille. Je pense à celui qui dort. Je pense à ses mâchoires relâchées.  Je pense que, quand il dort, il n'est jamais méchant. Je pense que là où se trouve son sommeil, je peux être aussi.
Le sommeil est un refuge. Le sien. Le mien. Tout n'est ici que mensonge et tout n'est que vérité.
Tu dors et moi je veille. Sur ton sommeil et sur tes yeux fermés, ta main sur mon sein et la mienne par dessus. Et je refais l'histoire.
Orsay janvier 2012

« Le souvenir est poésie, et la poésie n’est autre que souvenir. » Giovanni Pascoli

Entendu à la sortie du tramway à Cité U : "Allo ! Bonjour, je viens d'apprendre que je suis virée et que vous étiez au courant". Jeune femme de vingt ans. Le ton est déterminé sans être agressif. Forcément, ça force l'attention, et je ne suis pas la seule à m'être retournée pour regarder, vite fait, avant de poursuivre mon chemin avec cette petite amorce de conversation téléphonique en résonance dans la tête et le ventre. Il y a des mots qui font mouche. Du coche. Qui font mal. J'imagine la réponse, voire même la tête de l'interlocuteur ou l'interlocutrice en face. Et c'est parti... le début d'une histoire, d'un roman à écrire, à reprendre, et moi je plonge... Le pouvoir des mots.
Oui mais ?! ... et le pouvoir du silence ? Pour un peu je l'envierai cette nana là ! Je suis en manque de dire ! En manque d'aller au cœur des choses. En manque de vérité...
et tous les mots dits, les mots entendus, les mots perdus, les mots pas dits, les mots définitifs, les mots doux, les mots durs, les mots mensonges, les mots interdits, les mots, les mots...
"Appelle moi, parle moi, dis moi pourquoi, je vais te bouffer, dis moi pourquoi, dis le, tu entends ? mon cœur qui bat, viens, viens là, parle moi,  tu m'aimes ? ne me tannes pas, dis moi, laisse moi te dire, écoute moi, on peut parler ? à quoi bon ? trop tard, je t'aime, jamais, pas maintenant, non, merde, tu vas mourir, je vis, qu'est-ce que l'amour ? adieu? ne me lâche pas, parle moi, j’existe..."
19 janvier Orsay 2012
 
Je suis libre si je n'ai pas besoin de mentir.
Je veux de l'art et de la poésie.
Et de l'amour aussi !
Ni pouvoir, ni stratégie, ni politique.
Janvier 2012

"La mort détient les réponses, est-il écrit quelque part, et elle libère l'antique sagesse des enchantements qui l'emprisonnent : c'est evidemment là une parfaite ineptie. Ce que nous savons, ce que nous avons appris, nous ne le tenons pas de la mort, mais du poème, du désespoir et, enfin, des souvenirs lumineux tout autant que des grandes trahisons. Nous ne détenons nulle sagesse, pourtant ce qui vacille au fond de nous la remplace et a peut-être plus de valeur. [...]"  La tristesse des anges. Jon Kalman Stephanson

Petites et grandes résolutions à prendre et à laisser, pour la fin d'année
Marcher le nez au vent et la tête en nuages
Sauter les barrières et les ouvrir après. 
Fluidifier les relations sociales (piqué sur France Inter ce soir)
Ne pas croire tout ce qu'il a dit... Oh non alors !
Flasher sur un tromboniste en coulisses... ohohoh à dessiner, les filles... tout de suite... :-) 
Aimer les ours, sans peurs et sans reproches
Se moquer des conseils en général et des donneuses de leçons en particulier
Moucher la dame et dire bonjour à son nez
Veiller le jour, dormir la nuit, normal quoi !
Faire le premier pas et faire les trois suivants. 
Le cinquième ? aussi !
Arrêter enfin de rejouer sans fin la grande scène de ses dix-sept ans... 
de ses sept ans... 
de ses quatre-vingt dix sept ans... 
Préférer la passion à la raison  
Sortir la tête de son boulot et voir que la vie est ailleurs !
Libérer le thé ;-) ... et bien d'autres choses encore... 
Choisir entre chien et loup... ou pas
Faire des folies avant que la folie nous fasse... ou nous défasse
Nager dans l'océan, la mer, la piscine ou sa baignoire
Jeter des mots, des livres et des rêves à la tête des malotrus
Fêter les cent messages, 3260 visites, et tout ce qu'on veut avec
S'amuser, muser, muser...
Ne tenir aucune résolution... sauf une, heu deux... heu 
...
Décembre 2011 

Dimanche matin à la piscine. Aligner longueur après longueur. La tête qui trace des phrases d'un bord à l'autre, et le décompte en virgules. Les histoires que je me raconte. Les hommes et les femmes que je croise dans les lignes. Chacun se dévoile : Il y a ce vieil homme, peau tortue parchemin sur un corps de brindille couleur café et cheveu blanc. Une lenteur distinguée dans le mouvement. Tranquille et sage. Un homme heureux. Son ami, plus noir encore, un gentil, attentif à ne gêner personne de son corps massif et musclé. Son corps qui se ramasse à chaque virage avant de donner une forte poussée du pied, et qui descend profond dans le temps du souffle. Cette femme âgée encore, qui tient sa ligne avec constance, se laisse dépasser sans regrets mais sans complaisance. Je nage dans un grand aquarium qui est aussi une mer, un océan peuplé d'espèces uniques et rares. Dauphins, baleines, tortues, lamantins blancs et quelques requins parfois qui foncent en prédateurs... Ridicules ! On est à la piscine les gars ! Novembre 2011

"Savez vous ce que disent les arbres, lorsque la hache entre dans la forêt ? Regardez ! Le manche est l'un des nôtres" Un mur de Belfast - Sorj Chalandon

Je veux qu’ils sachent. Je n’écris que par amour.  L’écriture est un fil. Un fil qui me relie à ceux que j’aime. Je veux qu’ils sachent que s’ils suivent un bout du fil, ils me trouveront à l’autre bout.Toujours.

La vie est un livre suffisant ........................................................Max Jacob

Est-ce qu'on va encore se connaitre plus tard ?

Dix-huit heures. Je marche à vive allure sur le boulevard Jourdan. Mes pensées se partagent, ombre et lumière. Période propice à la mélancolie pour qui comme moi s'attache aux révolutions et circonvolutions du temps. J'arrive devant le Chalet du parc. Et soudain, ce vieil homme magnifique attablé à la terrasse m'arrête tout net de son regard turquoise. Vraiment turquoise ! Vraiment tout net ! Presque à m'en faire tomber à la renverse. 
- Wahouuu ! Vous avez des yeux... magnifiques !
Le bonhomme sourit. Je tend la main vers la chaise libre en face de lui. 
- Je veux, heu, je voudrais vous poser une question, je peux ? 
Le bonhomme sourit jusqu'aux oreilles, fines rides plissées au coin de ces yeux fabuleux. On dirait presque... oui, on dirait presque qu'il a l'habitude d'être abordé comme ça par les femmes dans la rue. On dirait presque que j'aurais l'habitude moi, d'aborder les vieux messieurs attablés en terrasse.
- Ils ont fait du bien ou ils ont fait du mal ces yeux là ?
C'est la seule question qui me vient et la seule qui m'importe. Parce que je sais ce que c'est que de plonger dans un regard, quand il ne s'agit pas de s'y noyer......
L'homme prend une grande respiration...

Mais moi, en vrai, je suis juste passée devant lui, saisie un dixième de seconde par ce regard de pierre précieuse, tellement, tellement déçue de n'avoir pas eu ce petit courage là...
Demain, demain, s'il est encore là... je m'arme de courage... mais peut être la magie sera passée. Oct 2011

Mes week-ends ont changé de couleurs... Qui le regrettera ?

Dessins. J'ai des dessins dans des cartons depuis longtemps. Et des cartons à dessins. Des dessins offerts et des milliers de dessins ratés, jetés ou perdus.  Oubliés ou dans un petit coin de mémoire. 
Quelques photos de mes dessins dans mon ordinateur. Des dessins sur mes murs. Des dessins sur les murs d'autres maisons que la mienne. 
Un petit dessin d'ours - pluriel - dans mon tiroir. Dans un cadre. Face cachée. 
Quelques dessins sur mon blog, sur d'autres toiles, sur des galets et dans mes carnets...
Autant de petits mots d'amour ou d'espoir, de vérités, de petits morceaux de langage, d'échappées, d’échappatoires, d'exercices de style et d'exercices de vie...
Et tous ceux qui restent à venir, plein la tête et les doigts qui fourmillent. Octobre 2011

J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent, et qui se contredisent et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent que parfois ils ne semblent capables de juger
J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté

J'aime leur petite chanson même s'ils passent pour des cons

J'aime ceux qui paniquent, ceux qui sont pas logiques, enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes, pour pas que ça nous gêne font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte de n'être au bout du compte que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire "Délivrez-nous du pire et gardez le meilleur"

J'aime leur petite chanson même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui n'osent s'approprier les choses, encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être qu'une simple fenêtre pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme, les daltoniens de l'âme, ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires pour que jamais l'Histoire leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui doutent et voudraient qu'on leur foute la paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène jamais quand ils promènent leurs automnes au printemps

Qu'on leur dise que l'âme fait de plus belles flammes que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie, qu'on leur dise, on leur crie "Merci d'avoir vécu
Merci pour la tendresse et tant pis pour vos fesses qui ont fait ce qu'elles ont pu".

Paroles et Musique: Anne Sylvestre 1977 autres interprètes: Vincent Delerm (2007)
Il pleut. J’aime quand il n’a pas plu depuis longtemps, retrouver le goût de l’eau et l’odeur de la terre. Dans mon petit coin de forêt. Dans le tramway parisien ce soir, ça sentait plutôt l’humain mouillé, Comme on dirait d’une odeur de chien mouillé. L’humain mouillé c’est, pas si humain que ça, le cuir des blousons et des sacs de peau. Et le cuir et la peau des humains aussi. Des odeurs que l’on aime et des odeurs qui repoussent, même si l’on n’a guère l’espace de repousser. Il pleut et la pluie lave. Les trottoirs, la terre, les feuilles des arbres et les visages. Lave aussi la sècheresse. Celle de la terre, celle des idées et des mauvaises actions. Celle du temps qui passe et des larmes qui sèchent le coeur. J’aime l’odeur de mes humains mouillés, ceux  de ces petites pluies d’été qui soulagent et consolent. Ceux de ces pluies denses de l’hiver qui nourrissent les arbres et les espoirs de printemps.  Ceux qui ont le pouvoir, le courage et la liberté de danser en dessous et en dedans. Ceux qui n'ont pas la paresse ou la  lâcheté de rechercher d'abord, surtout l'abri. Que chacun se mouille ! 18 octobre 2011

Tu peux parler sans t'entendre. Si tu veux t'entendre, il te faut revenir sur ta parole; sans cela tu n'en connaîtras pas le fondement, jamais. Si quelqu'un se lève, qu'il s'asseye. S'il se lève à nouveau afin de se voir  se levant,  c'est cela "le voir".  Et celui qui voit "le voir" peut se taire et s'entendre parler, celui là est un diseur de paroles profondes. Paroles très anciennes. Afrique

Je sais sur quels mensonges je peux compter. Mais sur quelles vérités ?

Je vais avoir besoin d'écrire tout ce mois à venir. Je vais avoir envie. Beaucoup. Je remets du temps dans l'espace et de l'espace dans le temps. Année jour, année lumière. J'aime  ce que je n'ai ni lâché ni perdu. Ni tu, ni trahi. Ni renié. J'aime encore ce que j'ai aimé... je hais encore ce que j'ai haï. Rien d'une boucle, rien d'un retour. J'aime aussi plus fort encore ce que j'ai gagné dans ce que j'ai perdu. J'ai pris le temps de me réconcilier et de me reconnaître, concilier et connaître. Le temps qu'il fallait... le temps qui ne finit jamais tant que je lui appartiens... Le temps est un grand Seigneur disait l'autre... vrai, pas seulement un Saigneur, alors !  10 Octobre 2011


Toutes les brindilles de mes nids, toutes les plumes de mes oiseaux sont des questions.
Et si tu avais les réponses, tu ne dessinerais plus ?

"Le monde était à l'origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n'y voyait rien à redire. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu'à ce que l'humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde. Son père fit une pause et Roy demanda: Et après ? Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s'est déclenchée, hommes et femmes ont cessé de tomber. (...) La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d'argent, d'impôts, et tout est parti en vrille. (...)" David Vann "Sukkwan Island"

Il y a trop d'étrangers dans le monde. Bien sûr ! Y'a que des étrangers dans ce monde. Tous l'étranger de quelqu'un. Moins étrangers à eux même que je ne le suis à moi-même, à toi-même. Le monde est rond et tourne autour de lui-même avec tout ce monde accroché qui tourne, se tourne autour, et s'accroche, et s'aime et se décroche et se désaime. Et se raccroche. Au monde. Aux familiers. Aux étrangers, pas si étranges, qui pourraient devenir.si familiers... Il y a trop d'étrangers dans le monde, bien trop pour qu'ils puissent me devenir familiers, mais bien assez pour me rendre ce monde étrange et attachant. Attachant comme l'amour et ce qu'il y a, étrange, de bien plus grand. Octobre 2011

Il y a des jours bleus même s'ils s'écrivent en vert et même en vers. Envers. J'ai le jour bleu et des bleus à l'esprit, des bleus au coeur. Pourvu que la nuit ne soit blanche... (oct 2011)

Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. Nicolas Bouvier

Les petites questions semées un peu partout, montées en graines... qui, quelqu'un les récolte ?

Quand c'est plus que de l'amour, mais alors qu'est-ce que c'est ? Plus que de l'amour, mais choisir et préférer le moins ?

La photographie, c'est la conscience même de la peinture. Elle lui rappelle sans cesse ce qu'elle ne doit pas faire. Que la peinture prenne donc ses responsabilités. Brassaï

Sur mes galets courent mes plumes,
affleurent les lignes de la pierre,
traversent les mutités,
murmurent les secrets,
appellent les confidences,
et les tout petits bonheurs,
les plus durables et les plus doux... Septembre 2011

Et... les colères non soldées, où faut-il les mettre ?

Et pourquoi faudrait-il que ce soit moi qui m'écarte quand tout à coup un homme débarque en face, crawl viril et prétentieux, dans la ligne d'eau que j'occupe déjà depuis une heure, bien attentive à faire de longues brasses coulées bien droites pour ne pas prendre plus que ma part de piscine ?
Et pourquoi faudrait-il que ce soit moi qui m'arrête quand cet homme à grosse voiture n'a pas le goût de respecter une priorité certes un peu étrange mais clairement bien marquée ?
Et pourquoi faudrait il n'être jamais celle qui ... ?
Septembre 2011

Ce que je voulais dire se perd dans les sables. Et l'écriture m'emporte en deçà ou au-delà de mes éblouissements  Jacques Izoard


Je voudrais écrire sur la grâce des femmes rondes, nombreuses à la piscine, quand elles se laissent flotter juste sous la ligne d'eau et qu'un petit mouvement de bras, de pied, les pousse doucement vers la surface, aussi doucement que le silence qui se fait tout autour. Hommage de Botéro, hommage à Botéro qui a su comprendre et enchanter la rondeur et la plénitude. Aout 2011

Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé... Roland Barthes


Quand je sculpte. Quand je sculpte, ce n'est pas taper, dégomer, que je préfère.  Ce n'est pas les contours. C'est quand je touche à l'intérieur. Quand la pierre m'accepte. Qu'elle m'emporte. En dedans d'elle, en dedans de moi. Qu'elle me rassemble plutôt qu'elle ne me disperse dans les fragments, les copeaux, les éclats, la poussière qui vole. Le silence plutôt que le bruit. Le silence qui me permet d'entendre. Ce qu'elle veut me dire, le chemin qu'il faut prendre. A la rencontre de ce qui s'exprime et qui ne se dit pas. Jamais comme ça. Jamais si fort.
Quand je sculpte, toujours un personnage, un animal, un ours, un enfant, une histoire... Quand je sculpte, il y a toujours ce moment, quand j'en arrive aux râpes, aux limes, aux rifloirs, où je commence à sentir les muscles, les os, la chair sous la surface. Et je les gratte, je les caresse, je les contourne, je les protège. Je les inscris dans chacun de mes gestes. Parfois, je les cherche et je m'énerve à les chercher. Elles s'opposent. Les résistances de la pierre. Ses limites. Son autonomie. Sa liberté. Les miennes. Si la surface, la croûte, la peau est insensible à mes caresses, s'en agace, je comprends combien tout est à vif à l'intérieur. Presque intouchable. Cette fois-là, j'ai si peu touché, mais j'ai déjà trop touché. La cassure n'était pas loin. A l'endroit de la fêlure. A l'envers aussi.
Août 2011

Pourquoi faudrait-il toujours rejouer la même histoire? Toi comme les autres.  Est-ce que l'écriture est la solution ?  Est-ce que je peux promettre ce que je ne tiendrai peut-être pas ? Est-ce qu'il faudrait ? Je vais écrire un livre.  Avec ou sans moi. Je sais... et ça me fait sourire.  Août 2011

A dire les choses, on ne peut que faire du mal (Rilke)... mais à ne pas les dire on meurt (Leroy)

Récoltés sur le bord du sentier côtier de Sainte Evette. Les galets de Bretagne. Plein les épaules douloureuses. Plein le sac de plage et plein les sens. Plein de promesses créatrices. Le plein contre le vide. L'oreille collée, le bruit des galets dans le roulis, les cris des mouettes, la douceur et la rondeur empaumées, les couleurs, les petites failles, les traces et les tâches, le goût du sel. Et ma plume d'encre qui fait crisser les traits. Une plume pour des plumes. Les petits oiseaux de mes rêves. Libres et tendres. Août 2011

Eh ! à quoi tu penses loup de mer ? C'est la poésie qui te rend triste ? JPF

Les mots défilent, les mots des filles. Au fil des mots qui relient chacun à chacune.
Les mots qui ne se disent pas restent accrochés comme des fils à celles qui ne les disent pas. Des fils ténus, presque invisibles à qui ne sait les voir. Et quand elles marchent, les fils invisibles volettent autour d’elles et s’accrochent aux brindilles, aux herbes, aux arbres qu’elles effleurent, et parfois même aux gens qu’elles croisent. Il y a ceux qui les entendent. Ceux là sont très forts et très rares. Précieux. Il y a ceux qui n’entendent pas, et ceux là n’existent pas. Et il y a ceux qui ne veulent pas entendre et qui ferment leurs oreilles avec leurs deux mains tellement fort, qu’ils n’entendent que les battements de leur propre cœur, de leur sale peur.  Août 2011

Essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. Georges Perec

Je ne sais pas où il est celui qui m’a manqué, pas même s’il existe… Août 2011
Toutes les raisons d’aimer la Bretagne. Il y a les ciels d’abord. Si beaux qu’on aimerait les peindre. Il y a la mer, si bleue, si verte, si grise et si profonde qu’on ne saurait la peindre… le bleu des hortensias, le gris des pierres des maisons et nos pas sur le sable des plages, et les rondeurs des galets sous nos pieds. Des galets sur lesquels je rêve encore d’écrire mes rêves, le cœur battant à l’ouest. Août 2011
Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtres. Raymond Queneau

Oma.
Mademoiselle Narbonne a cent treize ans. Elle mange des éclairs au chocolat et boit du champagne. Elle ne parle plus, elle ronronne. C'est ce que les journalistes ont dit à la radio ce matin.
Oma a trois cent quarante sept ans. Quel prénom ridicule. Sa mère, petite cervelle fragile ne savait pas l'écrire. Trois cent quarante sept ans et quarante huit jours. A cet âge là, comme à l'autre bout de la vie, tout compte. Les petites poussières dont elle est faite et qui la tiennent debout. Ils ne savent pas. Ils ne l'exhiberont pas. Mademoiselle ?! Mais ses maris à elle, elle les a tous mangés, les uns après les autres.  Dans les plis et replis de ses peaux successives, peaux de tortue,  comme dans les plis et replis de son âme, il n'y a plus un coin de douceur. Tout est calleux et dur. Plus rien pour souffrir et plus les mots pour le dire. Ça fait longtemps qu'elle a cessé de parler. Elle s'économise. La langue et les sentiments. Oma a trois cent quarante sept ans. Quarante huit jours. Bientôt quarante neuf. juillet 2011

Comment le mensonge ne serait-il pas une tentation quand l'homme faible et puéril est si vite ébloui ? Vladimir Jankélévitch 

Le père que je ne serai jamais, je l'ai ensorcelé en regardant un enfant mourir, pendant des jours entiers, assis auprès de lui, sans rien perdre de ce spectacle effroyablement beau, je voulais être la dernière vision qu'il aurait du monde, et quand il s'en est allé, en me regardant dans les yeux,, ce n'est pas lui qui est parti, mais tous les enfants que je n'ai jamais eus. Alessandro Baricco Novencento Pianiste






 

Combien de questions ? Combien de réponses ? Combien ça compte ? Combien tu comptes ? et ... Combien je manque ?

Pourquoi cela ? Pourquoi la douleur de chaque jour se traduit-elle dans nos rêves de manière aussi constante par la scène toujours répétée du récit fait et jamais écouté ? Primo Levi "Si c'est un homme"

J'ai laissé de côté mes sculptures pour l'été, je vais ressortir mes plumes et je vais les secouer... celle de l'écriture et celle des toiles. J'ai regardé des tableaux d'un artiste japonais, Sagaki Keita, encres noires sur fonds blancs, et l'envie de dessiner plus d'arbres encore, des racines et la mer. La côte du bout du bout de la Bretagne, sûrement, me donnera la forme et la matière. Un jour je sculpterai aussi des arbres. Des arbres de pierre et des arbres de bois. Et dans ces arbres se cacheront des loups et des ours encore... et des secrets qu'il faudra déchiffrer... ceux qui pourront. Se cacheront aussi mes douleurs et mes forces. Vivement.  Juillet 2011

Aimer trop, trop aimer... si ça l'excuse, si ça le rassure... tout est bien... juillet 2011

 « Le récit fait partie de la vie avant de s’exiler de la vie dans l’écriture » (Ricœur)…
et vice versa...


« Quand je te vois j’oublie les questions qui me taraudent quand nous sommes loin l’un de l’autre et pourtant je sais que ce sont des questions essentielles, celles qui me permettraient de dévoiler une part de mystère que je sens en toi. Elles me font si peur que le simple fait de les poser pourrait t’éloigner de moi à tout jamais. C’est ce que je me dis quand nous sommes ensemble, alors je me tais pour préserver ces moments de bonheur fragiles et fugitifs. Les questions que je ravale se retournent contre moi. Je suis pleine de mots. Ceux que nous n’avons pas prononcés. Je déborde d’hypothétiques réponses qui pourraient toutes marcher. Je crois que je deviens folle, je parle à haute voix comme si je semais ces interrogations pour que tu les trouves. Qu’un jour enfin tu me répondes à tout ce que je ne t’ai pas demandé. (…) Que te procure ma peine que tu dois deviner ? (…) Comme il faut du temps pour nommer les choses sans se tromper d’histoire, découvrir le roman de son propre destin en prenant une certaine distance. Ce qui devrait me tourmenter, ce n’est pas de savoir ce qui m’arrive dans cet amour insolite, mais pourquoi je tiens tant à le vivre au-delà de ce qu’il peut m’apporter." Deghelt (F), La nonne et le brigand, Actes sud, janvier 2011, pp396-406

Silence de pierre, de plomb… je le reconnais et le comprends sans trop de peine, mais ça ne me console pas encore assez ;-) Je termine un bouquin de feu Jorge Semprun : l’écriture ou la vie… (Inconciliable, alors ?) Terrible aussi et fascinant…  ok… ok… ok…  je retourne au silence de ma grotte… ! juin 2011

« bien triste est l’homme qui n’a d’amour que pour les choses qui s’éloignent » 
Stefano Benni, Baol

Trajet de RER pour rentrer chez moi. Mes oreilles trainent : à deux carrés de voyageurs de moi, un petit garçon, trois ans peut-être, avec… sa nounou? Le garçon est vif et manie bien le langage, et moi j’écoute ce qu’il raconte. Le RER passe devant quelques maisons. Soudain le petit pointe le doigt et demande à l’adulte qui l’accompagne : « c’est ta maison, là ? », et la femme de répondre : « non ce n’est pas ma maison ! ». J’attends, sûre de moi, la question qui va suivre : « elle est où ta maison ? » et je me trompe : « c’est la maison de qui ? » enchaine l’enfant.

Cette question m’enchante et m’emporte pour le reste du trajet : Que faisons-nous de ce que nous disent les enfants ? De leur regard créateur plutôt que découvreur du monde ? De la poésie finalement qu’ils nous adressent et qui nous ramène à l’essentiel ?

Quelques jours plus tard, j’entends un reportage à la radio sur Haïti. Et une femme parle d’un enfant qui est à côté d’elle et raconte son histoire, terrible : « il était dans la maison avec sa mère quand la terre a tremblé, alors sa mère l’a caché sous son ventre pour le protéger et elle est morte là, au dessus de son enfant, écrasée par une grande plaque de mortier ». Le journaliste s’étonne de ne voir personne pleurer autour de lui, ni les adultes, ni les enfants. Et moi je veux croire que cet enfant s’en sortira car il aura eu cette force là de renaitre une deuxième fois du ventre de sa mère… c’est cette histoire là qui le sauvera, peut être.

La troisième histoire, c’est l’histoire de « Frédéric » de Léo Lionni. Frédéric est un mulot « cigale » qui compose de la poésie tout l’été pendant que ses camarades triment à amasser du grain en prévision de l’hiver. Et l’hiver arrive, particulièrement rude… et quand il n’y a plus rien à manger, les mulots se tournent vers Frédéric et lui demandent sa contribution. Et Frédéric se met à déclamer sa poésie, les couleurs de l’été, la beauté de toutes choses, et les mulots émerveillés oublient (subliment) leur faim suffisamment de temps pour attendre l’été. Encore la poésie, encore le langage, et encore ce petit décalage, très léger, un petit peu fou, dans l’appropriation du monde qui permet de reprendre la main…Quelle place nous laissons lui dans notre quotidien à ce petit écart là ?   février 2010

« savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisément là où tu n’es pas…c’est le commencement de l’écriture » Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

Dans la boutique de fleurs d’Alésia, quelques Véroniques pas encore fleuries. En retard. Il est minuit 28. Quatre heures que j’essaie de dormir.  Eric Reinhardt et le métier d’écrivain. Un appart bureau solitaire et les flâneries au café et la liberté du temps. J’écris un journal ou j’écris un roman ? En direct sur le papier, avec un critérium. Je ne dois pas. Je devrais dormir et contenir mes rêves à l’intérieur de mes nuits de sommeil. Les rêves se promènent. Ils ont des relents de prince charmant et sauveur, celui qui vous enlève et vous emporte loin de là où vous êtes. Pourquoi aurais-je honte de vouloir être ailleurs ? J’ai tellement, tellement, et je ne m’en contente pas. J’aime l’écriture de Reinhardt car elle parle de l’intérieur, elle part de l’intérieur, comme celle de Handke. Pas de l’extérieur, construite, auto-admirative comme celle de (pouah) Eric Emmanuel Schmitt, Orsenna ou Delerm. Imposture des écrivains qui s’écoutent et se regardent écrire ; pas de douleur là-dedans. Juste l’imposture du style et de l’autosatisfaction. Si j’osais… à plein nez l’autosatisfaction. Pouah, pouah, pouah, triple poids ! Bientôt une heure. Je ne dors pas. Rêve d’une longue bâtisse perdue solitaire dans ma Bretagne chérie. Un chat et l’écriture. Mais je me leurre. En serais-je capable ? Echapper au monde ? Cet été, j’ai touché le tout au fond de la solitude et j’ai eu peur de trop aimer ça. Qui est le plus libre de nous deux ?  2009

« si l’époque ne te demande pas le meilleur de toi même, invente une autre époque » Stefano Benni, Baol

Tu veux que je te parle de liberté ?  alors je te réponds d’abord par une question pour ne pas perdre les bonnes habitudes : de quelle liberté parle-t-on ? La tienne ou la mienne ?.....ou celle de Mr B (celui qui fâche !) ?
c’est une boutade… mais en même temps, ça veut aussi dire que pour moi, pas de liberté sans conscience de l’Autre… avec un grand A… parce que… à quoi servirait la liberté si l’on était seul au monde… on n’aurait même pas eu besoin d’inventer le mot…
Mon expérience personnelle, c’est d’abord que la liberté peut être un satané piège, et  qu’on peut dans la recherche de liberté s’enfermer plus serré encore que dans une cage. … Question d’espace et de limites… comme pour les mômes… l’histoire du cadre ( carcan) qui contient et aussi comme disait l'autre : le cadrequi tient le tableau ou l’image et la met en valeur… « Mise en valeur »
La liberté dans un couple…  Un espace pour chacun, ça me va, sinon pas de liberté, mais aussi… un espace pour le couple… sinon, pas de couple !  Et même pas de liberté… puisque pas un autre à qui réclamer de la liberté… et d’abord la liberté première d’être … un autre, différent.
Et puis de la confiance… sans confiance, pas de liberté non plus… de dire, de contredire, de n’être pas d’accord… de se faire un petit peu mal de temps en temps si l’on se fait suffisamment de bien la plupart du temps pour oublier qu’on se fait un petit peu mal de temps en temps ( tant que ça reste un tout petit peu) … et de se dévoiler sans craindre d’être violé dans son petit carré d’ultime liberté… de pensée…
Je pense que la liberté, elle est d’abord à l’intérieur… elle est même bien plus à l’intérieur qu’on ne voudrait vraiment le croire. Dehors… c’est juste une question de degré : on est un petit peu plus ou un petit peu moins, beaucoup plus ou beaucoup moins libre que… qui que ce soit ou quoi que ce soit… s’agit juste de se mettre d’accord sur le point de convergence … hum, hum « juste »
La liberté de pensée (penser). Droit de penser à peu près tout ce qu’on veut, tant que la science ne permet pas encore de lire dans les pensées… quel carnage si c’était le cas… ! Mais penser ne veut pas dire agir, et dire c’est déjà agir… autre chose que penser. Liberté d’agir et de dire ? Ça dépend. Je suis assez convaincue par l’incontournable liberté qui s’arrête où commence celle des autres... et tant pis si ça fait lieu commun, ça fait pas de mal de le dire… et la liberté d’agir comme de dire… peut (je le crois !) isoler tout à fait son personnage… ou faire beaucoup de mal… à autrui comme à soi-même. Je veux croire moi qu’on a toujours la liberté aussi de s’arrêter. Parce que la liberté a des limites (celle des autres justement) … et si on n’arrête pas, c’est la liberté qui s’arrête et on passe à autre chose… 2008

« le langage, dit encore Simon, creuse en nous une distance paradoxale, une distance qui nous divise et nous sépare de nous-même : car avant de pouvoir les utiliser à son tour, l’homme est littéralement fait, fabriqué, par les mots, et les mots sont la peau des rêves ». Leslie Kaplan, Le psychanalyste

La liste (poétique et drôle) de mes 40 résolutions pour 2008 (pourquoi 40 ? parce que 40 voleurs, 40 jours de déluge, 40 ans et des poussières… ?)
1.        croire au père Noël
2.        croire au père Noël et savoir qu’il n’existe pas
3.        croire quand même
4.        me remettre à écrire
5.        me remettre à dessiner
6.        tourner rond
7.        penser carré
8.        trouver mon homme
9.        trouver un homme, un moitié pas trop entier qui recherche sa moitié (le même ?)
10.     trouver un chéri à chérir (toujours le même ?)
11.     continuer à rêver
12.     reperdre du poids
13.     regagner de la voix
14.     me remettre à cuisiner
15.     aller voir Anne en Alsace
16.     aller voir Nadia en Bretagne
17.     aller voir la mer –m-e-r- plus souvent
18.     lire et relire Nuala O’Faolin
19.     … et cultiver mon féminisme et ma liberté
20.     trouver une bonne directrice
21.     affirmer mes directions
22.     planter des fleurs dans mon jardin
23.     passer un week-end à Reykjavik
24.     retourner au Québec en hiver
25.     boire de l’eau et manger des pommes
26.     ne pas commencer à fumer
27.     ne pas trop m’interdire
28.     rire
29.     tenir au moins dix de mes résolutions
30.     fuir les mensonges
31.     contourner les pervers
32.     courir – après qui, après quoi – peu importe mais, courir…
33.     caresser les arbres
34.     me surprendre, être surprise
35.     citer René Char à bon escient : « la lucidité est la lumière la plus proche du soleil »
36.     regarder le monde
37.     arrêter de compter le temps
38.     dormir plus tard
39.     veiller mieux
40.     recommencer… mais continuer…  déc 2007

« mais à l’intérieur, il y avait longtemps qu’il en était à l’amor fati des romains, qu’il aimait son destin » Peter Handke, Mon voyage dans la baie de personne.

Marre d’attendre dans ma bagnole et ce n’est pas fini pourtant. Des passants… passent d’un côté, des voitures de l’autre. Feux allumés. Il fait encore nuit et il pleuviote. De grosses gouttes tombent d’un arbre sur ma voiture. Un café bar est ouvert, mais ça ne paraît pas le plus avenant. J’attends. Tous les piétons sont des noirs en anoraks et en bonnets. Des hommes qui partent travailler. Direction Paris à pieds. Y’aura-t-il des trains demain ou devrais-je à nouveau prendre ma voiture ? Demain 18h. Palais des Congrès, Porte Maillot. L’heure tourne un peu. Tant mieux. Je commence à avoir un peu froid. L’effet du chauffage s’est un peu dissipé. Il faudrait que je trouve un peu avant midi quelque chose à me mettre sous la dent. J’ai toujours bien une pomme et du thé vert brûlant. Peut-être que ça suffira. Les deux autres cafés ne sont pas encore ouverts. Je passe le temps à écrire tout ce qui me passe par la tête. Tout à l’heure, je me suis recroquevillée à l’arrière sous mon blouson pour essayer de dormir. Bien sûr, pas réussi… et j’ai pensé à cet homme qu’on avait vu dans une voiture, en attendant B. Une voiture gorgée d’affaires jusqu’en haut des vitres et un mouvement à l’intérieur : un homme qui vivait là, le sol autour jonché de détritus. Cet homme dans sa voiture, comme enfoui dans une grosse carapace. Peau de rhinocéros. Terrible. Que peut vivre et penser un homme de cette sorte ? Il fait sombre encore. Les gouttes de pluie sur mon pare-brise font de petites taches brunes en reflet sur mon cahier. Mon stylo court, ma main derrière. Vaguement la nausée. Envie d’uriner. Encore au moins une heure à attendre. Je remets un peu la soufflerie. Manque d’air. Les vitres sont obscurcies par la buée. Des femmes commencent aussi à circuler. A 7h30, j’irai prendre un café. L’air est froid. Le manque de sommeil se fait sentir. Je commence à voir des gens  traîner de l’autre côté de l’avenue. Je me regarde écrire et je trouve que l’écriture est une invention formidable, fabuleuse et titanesque. Une demi-heure que j’écris. Je coupe la soufflerie, rallume un peu le lecteur de cassettes. Je ne veux pourtant pas trop pomper sur la batterie, moteur éteint. Murat chante. Je fais une petite pause…  7h. Le jour n’est pas encore levé. La file de voitures s’allonge. Les passants sont aussi plus nombreux. On entend déjà des sirènes. Le grand café s’est allumé. De plus en plus envie de pisser, et j’ai pris une deuxième tasse de thé brûlant. Envie de bouger. Envie que ce soit demain le week-end, les vacances même. Ma vie m’ennuie. Qui va la réveiller ? Je n’ai pas pu compter sur lui. Trop égoïste. Un gros car avec des antennes d’insecte blanc. Ronronné à côté de moi. Les voitures sont immatriculées 93 ou 75. Un peu 92. Pas de 91. C’est loin d’ici l’Essonne. Taxi du val de Marne. Société SMTP. Travaux publics. Premier coup de klaxon. Pas le dernier sans doute. Alors, alors, j’y vais dans ce café ?   Novembre 2007


Les pieds glissés dans mes sabots noirs, les fesses posées sur la marche de ma terrasse, recroquevillée dans mes jean’s et mon grand gilet bleu, j’attends toujours le soleil. Un voisin joue de la trompette, fenêtre grande ouverte et je l’entends de temps en temps pousser un juron quand il commet, souvent, une fausse note… les sons se mêlent sans harmonie aucune : derrière moi, Murat chante : « le temps qu’il fera, le temps qu’il ferait… ». Le temps est arrêté ce dimanche. L’air est immobile dans mon jardin. Pas un brin de lavande ne bouge, sinon sous les baisers des abeilles. Baisers gourmands. J’ai coupé la parole à Murat. Les deux musiques s’entrechoquaient péniblement. J’aurais préféré couper le sifflet du voisin, mais on ne tue pas ses voisins… paraît…Mes pieds sont rentrés, mon dos est voûté. Je lutte un peu contre le froid. Je ne devrais pas, c’est censé être l’été. Pour preuve, une capucine me nargue à hauteur de nez, pavillon de gramophone écarlate tourné prétentieusement vers moi. La trompette s’est tue. Accalmie. J’entends bourdonner les insectes, et très loin, le boum, boum étouffé d’une batterie. Le dimanche est musical, semble-t-il. Je m’ennuie. Je regarde les tâches du sol bétonné de ma terrasse pour tenter de me désennuyer. Elles me racontent des histoires pendant qu’un merle moqueur s’en vient dialoguer avec la trompette. Je regarde mon tas de bûches. J’aime leur empilement, leur régularité…  juillet 2007 

Je pensais qu'on avait rien à perdre à dire aux gens qu'on les aime. Quelques formes que prennent ces amours-là. J'aurais voulu mieux te comprendre et mieux te plaire. Pour autant, redescends de tes hauteurs ! Toi je t'oublierai. Mais ces amours-là que tu refuses de prendre, je les garde pour moi. Juillet 2005



« lequel d’entre nous, se retournant sur le chemin qui ne connaît pas de retour peut assurer qu’il l’a suivi comme il le devait ? ». Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité

Tu n’es pas cause de ma solitude. Elle dormait en moi bien avant toi. Tu es celui qui – pour l’avoir éveillée – lui ressemble le plus… j’aurais dû t’aimer plus farouchement… VT et Bobin Mai 2004

Mon chagrin est un mille-feuilles : une partie sèche, sur une partie crémeuse, sur une partie sèche sur une partie crémeuse sur une partie sèche sur une partie... Avril 2004

« toujours, même dans tes instants de plénitude, ta tendance au : ce n’est pas encore là ! toujours tu vis le même présent parfait comme un temps de l’avent. Toujours tu en attends ensuite davantage, quelque chose de plus grand encore, ce qu’il y a de plus grand. C’était là, c’est là. Et pourquoi vouloir contraindre l’unicité à un re commencement, à une série, à une permanence ? Vois tes amis laconiques pour qui l’Une fois était déjà tout ».Peter Handke, Mon voyage dans la baie de personne.


Papillon
On dit que les papillons ont une vie éphémère. Je me demande si c'est pour cela qu'ils battent des ailes à ce rythme effréné: ne pas perdre de temps, se dépêcher de vivre...Avachie dans mon fauteuil en rotin blond, les pieds agrippés sur le rebord de la chaise, je m’interdis de les déraciner de leur base. Je regarde le petit papillon brun se cogner inlassablement à la vitre. Je suis dehors. Il est dedans. Il veut sortir, et moi, je ne veux pas rentrer. Ce jardin minuscule est à moi. Il est plus chez moi que ce bout de maison accroché à flanc de colline. Il est empli d’odeurs sucrées, de bruissements d’ailes, de bourdonnements d’insectes. Tout autour de moi est en mouvement et moi, je suis immobile, presque sereine.
Lui ne m’a rien dit. Il est entré dans ma vie comme on ouvre la première page d’un livre. Avec une attente gourmande. Et toutes ces pages que j’ai tourné jour après jour ont aiguisé mon appétit. En bout de cuisson, lent mijotage de plusieurs mois, j’ai voulu me mettre à table, mais il a retiré mon assiette. Sans un mot. Il m’en reste un goût acre au fond du gosier et mon corps n’a de cesse de crier famine. A la fin de la chanson, il va sonner à la porte. Je n’ai plus de clé. Il entrera, mais la maison est vide. Et je le regarderai se cogner inlassablement à la vitre, mes deux pieds incrustés dans la chaise, comme si mon corps se nourrissait de cette petite mort.   Orsay juillet 2003

Clochard à Dugommier
Au début j'ai cru qu'il était vivant
Un jour ils l'ont emporté...
Ils l'ont rapporté quelques jours plus tard
J'ai mis trois jours à le reconnaître.
Métro, métropole, trop poli,
Sous la croûte il y a l'ami.
Orsay 2003

Matin


Je me suis levée. J’ai essuyé une larme au coin de l’œil. J’ai tiré l’édredon sur moi pour aller allumer la radio. Pieds nus, corps nu, j’ai ouvert la salle de bain. J’ai jeté un regard au miroir. J’ai appliqué deux ronds de coton imbibés d’eau de bleuet sur mes yeux bouffis. J’ai passé mes mains sur mes jambes, puis je les ai glissé l’une après l’autre sous l’eau tiède. Je les ai enduites de mousse crémeuse. J’ai passé le rasoir méthodiquement des chevilles au maillot, en laissant couler un filet d’eau fraîche au lavabo. Je suis entrée sous la douche. Mon Dieu ! Qu’est ce que je suis en train de faire ? Non ! Surtout ne pas réfléchir… Je suis ressortie de la douche. J’ai passé un stick de déodorant à la vanille sous mes aisselles. J’ai peigné mes cheveux mouillés. J’ai enfilé une culotte de dentelle grise et ma robe bleue. Pas de soutien gorge, pas besoin. J’ai séché mes cheveux, tête à l’envers pour leur donner du gonflant. Pieds toujours nus sur le carrelage rouge brique, j’ai rejoint la cuisine en écoutant mon horoscope à la radio, le sien… J’ai versé des céréales dans un bol blanc rayé de bleu, un peu de lait écrémé juste sorti du frigo par dessus. J’ai avalé le tout en cinq minutes, debout devant la fenêtre. J’ai reculé un peu le temps que mon voisin démarre sa voiture. J’ai posé le bol et la cuillère dans l’évier. J’ai débranché mon portable en charge et je l’ai glissé dans mon sac. Pas de message. Verrouiller le cadran. Je suis retournée dans la salle de bains. J’ai enfilé mes bagues, brossé mes dents, vaporisé un peu de parfum sur mes poignets, dans ma gorge, sur ma nuque. Je me suis passée un peu de crème sur le visage. J’ai jeté un petit coup d’œil rapide dans le miroir en pied. J’ai tiré un peu sur ma robe pour la défroisser. Ça ira. J’ai enfilé mes sandales, attrapé mon sac, mes clés. J’ai éteint la radio. J’ai refermé la porte derrière moi. J’ai marché jusqu’à la gare et pris le premier train qui passait. J’ai regardé les gens monter ou descendre à chaque station. Même pas un livre à me mettre sous la dent. Surtout ne pas y penser. Deux changements de sections. Métro. Tunnels. Vieux immeubles au ras des rames.  Des gens partout, inconscients comme moi de leur vie.

Je suis en bas de chez lui et mon cœur bat la chamade. Toute cette peur que j’ai repoussée depuis ce matin remonte à la surface comme un raz de marée. Mes semelles sont de plomb et mes jambes de coton. Je cherche désespérément ma respiration. Un passant me bouscule. Il aurait pu me renverser. Je crois que je vais tomber. Ne pas réfléchir. Agir. Simplement. Je cherche son nom sur l’interphone. Ma main ne m’obéit plus. Elle est froide, elle tremble lorsque j’appuie sur le bouton. Il met du temps à répondre. Il est très tôt. Sa voix est grave. Son ton est grave aussi. Je m’annonce. Juste un prénom. Ça suffira. Ma gorge est nouée. Le silence. Total. Infini. Et puis un mot, un seul qu’il murmure pourtant mais qui claque à mes oreilles comme un coup de tonnerre : « pourquoi ? ». Ma main sur la poignée retombe. La porte reste close. Je me retourne vers la rue. Le même passant repasse les bras chargés de fleurs et de croissants. Cette fois c’est mon cœur qu’il piétine, étalé là sur le trottoir. Dans la rue. Devant chez lui. Je le laisse là et comme une somnambule je m’en retourne vers chez moi.  Orsay, 2003

Regards d'aveugles
Le petit garçon en face de moi balance les jambes. Il essaie de me toucher, agrippé au bras de sa mère qui lui dit d'arrêter ça, de se tenir tranquille. Je rapproche imperceptiblement mes pieds. Je voudrais qu'il me touche... Je le regarde à la dérobée. Il a la peau veloutée comme une pèche brune et dorée, un petit corps musclé de jeune enfant de sept ans, des questions à n'en plus finir... "on est où maintenant ?" Ils se partagent la banquette, elle en prend plus que sa part, deux cernes sombres sous des yeux fatigués : "Picpus".
Je pense à lui. Si je l'aperçois sur le quai de la prochaine station, alors c'est qu'il me restera quand même un peu d'espoir. Je me retiens pour ne pas pleurer. A l'autre bout du wagon, un homme me regarde. Je porte bien le chagrin. J'ai reçu sa réponse samedi.

J'ai senti son pied toucher le mien. Un effleurement discret échappé à la vigilance de sa mère. Il a marqué un temps d'arrêt. Sa tête a cessé de dodeliner de droite à gauche. J'ai souri et je sais qu'il a vu mon sourire. "Et maintenant on est où ?" On arrive à la station.
Sur le quai d'en face, la rame quitte le quai au ralenti. Il est là. Je le regarde s'avancer vers moi. Il lève la tête au moment où le monde se remet en marche. Recroquevillée sur la vitre sale, je le regarde détourner les yeux.
Le petit garçon est descendu à la station suivante. Collé à sa mère, il a tâtonné jusqu'à la sortie, et je me suis demandée pourquoi l'amour fait mal. Orsay 2003